Infections des voies respiratoires supérieures chez les chats en refuge
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Infections des voies respiratoires supérieures chez les chats en refuge : ce qui fonctionne réellement
Dr. Wesley Cheung, BVSc, DABVP (pratique de médecine des refuges)
Dre. Emilia Wong Gordon, DVM, DABVP (pratique de médecine des refuges) -
Éléments essentiels
- Il est possible de prévenir les infections des voies respiratoires supérieures (IVRS) en refuge. Les outils les plus efficaces sont de réduire la durée de séjour des chats au refuge, de diminuer le stress et de fournir un hébergement qui respecte ou surpasse les recommandations des lignes directrices publiées en matière d’hébergement et bien-être animal.
- Les tests diagnostiques ont des limites et ne sont généralement recommandés qu’en situation d’éclosion. Ils doivent toujours être interprétés en fonction de l’aspect clinique des chats et du profil complet des animaux et de maladie dans l’organisation.
- Lors d’une éclosion ou dans un refuge où la maladie est endémique, le traitement seul n’est pas l’unique composante de la solution. Les refuges doivent identifier la cause et s’attaquer aux facteurs sous-jacents qui contribuent à la maladie des chats. Cette approche est la seule manière fiable d’arrêter une éclosion et de réduire le risque qu’elle se reproduise à l’avenir.
L’infection des voies respiratoires supérieures (IVRS) chez le chat est l’un des problèmes de santé les plus fréquents dans les refuges pour animaux, mais elle n’est pas inévitable ! Dans un refuge bien géré et non surpeuplé, les chats devraient rarement développer une IVRS pendant leur séjour.
La manière la plus efficace de réduire les IVRS est de s’attaquer aux principaux facteurs de risque : le stress, un hébergement inadéquat et des lacunes dans la gestion de la population, comme la surpopulation, les séjours prolongés et une circulation inefficace des animaux dans le système.
Reconnaître une IVRS : signes cliniques
Les signes d’IVRS comprennent les éternuements, un écoulement aqueux ou jaune/vert du nez et des yeux, le plissement des yeux, la conjonctivite, la toux, la fièvre et la perte d’appétit.
La vaccination devrait faire partie du protocole d’admission de chaque refuge. 1, 2
Le vaccin standard administré à l’admission (vaccin vivant modifié contre la rhinotrachéite virale féline, le calicivirus et la panleucopénie ; ou vaccin MLV- FVRCP) ne prévient pas complètement l’infection par les virus responsables des IVRS. Toutefois, il peut en réduire la sévérité, raccourcir la durée de la maladie et diminuer l’excrétion virale.
Quelles sont les causes des IVRS ?
Les IVRS chez le chat peuvent être causées par un ou plusieurs virus et bactéries. Lors d’une éclosion, on évalue les signes cliniques, la chronologie et la distribution de la maladie, la façon dont elle se propage entre les chats et la réponse au traitement. Ensemble, ces éléments permettent de cibler la cause probable.
Les causes virales sont les plus fréquentes en refuge et incluent l’herpèsvirus félin (FHV-1) et le calicivirus félin (FCV). Les causes bactériennes courantes comprennent Mycoplasma spp., Chlamydia felis et Bordetella bronchiseptica. Des bactéries opportunistes comme Staphylococcus et Streptococcus spp. peuvent aggraver la maladie chez des chats déjà affaiblis par d’autres infections ou conditions.
Voici quelques points importants concernant ces agents pathogènes :
- FHV-1 : 50 à 97 % des chats dans le monde sont estimées porteurs du FHV-1 3. Après l’infection initiale, le virus reste latent chez la plupart des patients, mais peut se présenter en période de stress, comme lors l’admission en refuge.
- FCV : Le calicivirus félin peut provoquer un large éventail de signes cliniques selon la souche, allant de signes légers des voies respiratoires supérieures et d’ulcères buccaux à une forme grave, potentiellement mortelle, entraînant une défaillance multiviscérale. Selon notre expérience, il est le seul agent pathogène commun qui peut provoquer des éclosions, même lorsque les conditions d’hébergement et les pratiques de gestion sont adéquates.
- Mycoplasma spp. : Il est plus fréquemment retrouvé chez les chats de refuge de type « sanctuaire » ou chez les chats hébergés depuis longtemps, et peut également être présent chez des chats en bonne santé. 4
- Chlamydia felis : Il se transmet uniquement par contact direct et survit peu dans l’environnement. Elle est surtout importante chez les chatons et est souvent associée à des lacunes dans les pratiques d’élevage et de salubrité.
- Bordetella bronchiseptica : Celui-ci est le seul agent pouvant également affecter d’autres espèces, comme les chiens, les lapins et les cobayes (Cochon d’Inde). Il est également souvent associé à des lacunes au niveau des opérations globales et de la gestion des soins des patients.
Tests diagnostiques
Quand les tests sont-ils recommandés ?
Le traitement des infections des voies respiratoires supérieures (IVRS) est généralement similaire, peu importe l’agent pathogène en cause. Pour cette raison, nous ne recommandons pas de dépistage systématique chez tous les chats de refuge présentant une IVRS. Lorsque des tests sont nécessaires, le test privilégié est la réaction en chaîne par polymérase (PCR), qui utilise des écouvillons des membranes palpébrales et de l’arrière de la gueule afin de détecter la présence de virus et de bactéries.
Nous recommandons le test PCR dans les situations suivantes :
- L’IVRS est bien établie dans l’établissement (« endémique ») ou se propage activement entre les chats. L’objectif idéal est d’avoir zéro cas d’IVRS contractée pendant la prise en charge ; toute maladie persistante ou en propagation mérite donc une investigation.
- Les signes cliniques sont inhabituellement graves, notamment dans les cas où des chats décèdent de la maladie.
- Les chats ne s’améliorent pas malgré le traitement.
- Les résultats des tests sont nécessaires à des fins de recherche ou de documentation légale dans un cas de cruauté (un niveau anormalement élevé d’IVRS est une constatation fréquente dans les cas d’accumulation compulsive de chats).
Si plusieurs chats sont atteints, testez un sous-groupe : généralement 10 à 30 % de la population et au moins 5 à 10 chats. Concentrez-vous sur les chats aux stades précoces de la maladie et avant le début du traitement antibiotique, moment où l’agent pathogène est le plus susceptible d’être détecté.
Nous recommandons fortement de réaliser des examens post-mortem pour tout chat décédé ou euthanasié avant qu’un diagnostic clair n’ait été établi.
Comprendre et interpréter les résultats PCR
Les résultats PCR doivent être interprétés avec prudence, car ils n’identifient pas toujours clairement l’agent causal, surtout si un ou deux chats seulement sont testés. Pour identifier la cause d’une éclosion et planifier une réponse, il faut analyser les résultats de plusieurs chats, en parallèle avec les signes cliniques et la distribution de la maladie.
Des faux négatifs (lorsque le test ne détecte pas une infection réelle) peuvent survenir lorsque la charge pathogène est trop faible, en raison de problèmes d’échantillonnage ou de laboratoire, ou si l’agent causal ne fait pas partie du panel de tests. Par exemple, des faux négatifs peuvent survenir si les prélèvements sont effectués trop tard dans l’évolution de l’infection ou après le début d’un traitement antibiotique.
Les résultats positifs peuvent également être difficiles à interpréter. De nombreux chats en bonne santé sont porteurs d’agents pathogènes comme le FHV-1 et les Mycoplasma spp. sans être malades, et les tests pour les agents viraux peuvent être positifs à la suite d’une vaccination récente. Ainsi, un résultat positif ne signifie pas automatiquement que l’agent pathogène est responsable du problème.
Traitement
La plupart des chats atteints d’IVRS s’améliorent avec des soins de support et compréhensifs.
Entre autres, offrir différents types d’aliments humides réchauffés et administrer des médicaments au besoin contre la douleur, la congestion et la nausée sont des approches complémentaires pour soutenir les patients. L’utilisation des antibiotiques doit être dirigée par le vétérinaire traitant.
Selon les lignes directrices établie en 2017 par l’International Society for Companion Animal Infectious Diseases (ISCAID) concernant le traitement des maladies respiratoires chez les chiens et les chats, les antibiotiques ne sont nécessaires que lorsqu’il existe des raisons claires de suspecter une infection bactérienne, par exemple en présence d’un écoulement nasal épais vert/jaune accompagné de fièvre, d’une perte d’appétit ou de léthargie. 5 Nous utilisons également des antibiotiques lorsqu’une cause bactérienne est confirmée.
Lorsque des antibiotiques sont nécessaires, les experts en médecine de refuge recommandent la doxycycline comme option de premier choix. La doxycycline est efficace contre la plupart des cas de Mycoplasma felis, Bordetella bronchiseptica et Chlamydia felis. L’amoxicilline-acide clavulanique et le Convenia ont un effet limité, voire nul, contre certains de ces agents pathogènes et ne devraient pas être utilisés en première intention. Nous avons observé de nombreux cas persistants, ainsi que des éclosions en refuge, liés à une utilisation inappropriée de ces antibiotiques chez les chats de refuge et de sauvetage atteints d’IVRS.
Prévention et gestion : réduire les IVRS dans votre établissement
Réduire la durée d’hébergement
Un séjour prolongé en refuge, surtout au-delà de 10 à 14 jours, constitue l’un des principaux facteurs de risque d’IVRS. Des séjours plus longs entraînent une plus grande surpopulation, davantage de stress pour les chats et le personnel, ainsi qu’un risque accru de propagation des maladies, créant un cycle difficile à briser. Les refuges doivent favoriser un roulement efficace des chats en identifiant les goulots d’étranglement et en éliminant les obstacles à l’adoption.
Exemple : Lors d’une éclosion, la meilleure option pour les chats stables étants rétablis ou présentant des signes légers est de les faire adopter rapidement avec une décharge médicale et des instructions claires de soins à domicile pour le nouveau propriétaire, plutôt que de les garder au refuge jusqu’à leur guérison complète. Cela aide le chat individuellement, réduit la population du refuge et libère de l’espace ainsi que du temps pour le personnel afin de s’occuper des chats qui en ont le plus besoin.
Respecter la capacité d’accueil
Les refuges doivent évaluer régulièrement si leur population animale correspond à ce que leurs ressources (personnel et installations) peuvent soutenir de manière réaliste et humaine, et planifier ou rediriger les nouvelles admissions en conséquence, surtout en période d’éclosion. Les lignes directrices de l’Association of Shelter Veterinarians (ASV) et du Koret Shelter Medicine Program à UC Davis offrent des cadres utiles pour évaluer la capacité d’une organisation. 1,6
Réduire le stress et améliorer l’aménagement des espaces
Les stratégies clés pour réduire le stress et offrir un hébergement de qualité
incluent:- Héberger les chats dans des enclos conformes aux normes de l’ASV :
- Cages (à double compartiment), enclos ou pièces ≥11 pieds carrés (les espaces plus petits sont associés à des taux de maladie plus élevés)
- Bonne ventilation avec façade grillagée permettant l’interaction sociale
- Séparation adéquate entre nourriture, litière et zone de repos
- Limiter les cages face à face et espacer celles qui le sont d’au moins 4 pieds afin de réduire le stress et la transmission des maladies
- Surélever les cages d’au moins 18 pouces du sol
- Offrir un espace de retrait sécurisant (cachette, boîte en carton ou serviette couvrant partiellement la cage)
- Héberger les chats loin des bruits, odeurs et de la vue des chiens
- Réduire le bruit et les perturbations, et éviter les déplacements inutiles entre cages
- Fournir de l’enrichissement et un soutien comportemental adaptés à chaque chat
- Adopter une approche optimale qui vise à réduire le stress (Low-stress)
Comprendre et limiter la transmission
Les agents responsables des IVRS se transmettent par contact direct, par des surfaces ou objets contaminés (fomites) ou par des gouttelettes respiratoires. Les gouttelettes projetées lors d’un éternuement parcourent généralement 3 à 4 pieds. Contrairement aux chiens, la transmission aérienne sur de longues distances est extrêmement improbable.
Sauf en cas d’éclosion de calicivirus, les chats présentant des signes légers peuvent généralement rester dans leur cage afin d’éviter des perturbations stressantes. Toutefois, le personnel et les bénévoles doivent suivre un protocole clair :
- Manipuler les chats malades en dernier
- Porter des gants et une blouse d’isolement
- Se laver les mains selon les recommandations du Centers for Disease Control and Prevention (CDC) après le retrait de l’équipement de protection. 7
Désinfection
De nombreux désinfectants courants, y compris les solutions hydroalcooliques (hand sanitiser), ne sont pas efficaces dans le contexte de l’IVRS. Nous recommandons l’utilisation de produits à base de peroxyde d’hydrogène accéléré comme désinfectant principal en refuge. Ceux-ci doivent être utilisés à la bonne dilution et laissés en contact avec les surfaces nettoyées pendant un temps suffisant pour être efficaces.
Pendant le séjour d’un chat au refuge, un nettoyage quotidien léger et ciblé est suffisant (spot cleaning). Il n’est pas nécessaire de vider et de désinfecter complètement chaque cage chaque jour, même en période d’éclosion d’IVRS.
Erreurs fréquentes de gestion
Il est important de comprendre que, bien que le nettoyage, la vaccination et les traitements appropriés soient essentiels, aucun de ces éléments ne suffit à lui seul à contrôler une éclosion d’IVRS. Parmi les erreurs fréquentes : un nettoyage intensif et inutile de chaque cage chaque jour (ce qui augmente le stress des chats) et une dépendance excessive aux vaccins et aux antibiotiques sans s’attaquer aux facteurs de gestion.
L’IVRS est principalement liée à des conditions d’hébergement et de gestion de population inadéquates et doivent toujours être considérées sous cet angle.
À retenir
Les infections des voies respiratoires supérieures ne devraient pas être considérées comme inévitables en refuge. Grâce à une gestion réfléchie de la population, un hébergement de qualité et un environnement calme, les refuges peuvent réduire considérablement la fréquence et la gravité des maladies chez les chats.
Le résultat : un meilleur bien-être pour les chats, une charge de travail plus gérable pour le personnel et un environnement où les chats peuvent rester en santé en attendant leur adoption.
Note des auteures : Notre article est rédigé à partir de nos connaissances, recherches et expérience en médecine vétérinaire en milieu de refuge, ainsi que des publications scientifiques vétérinaires actuelles. Aucune intelligence artificielle générative n’a été utilisée pour rédiger ou modifier cet article
Rédaction :
Dr. Wesley Cheung, BVSc, DABVP (médecine vétérinaire en refuges)
Dre. Emilia Wong Gordon, DVM, DABVP (médecine vétérinaire en refuges)Traduction :
Victor Gaudreault, Veterinary Technician
Références
- The Association of Shelter Veterinarians. The guidelines for standards of care in animal shelters: Second edition. J Shelter Med Community Anim Health. 2022;1(2):1-76.
- Jas D, Frances-Duvert V, Vernes D, Guigal PM, Poulet H. Three-year duration of immunity for feline herpesvirus and calicivirus evaluated in a controlled vaccination-challenge laboratory trial. Veterinary Microbiology. 2015;177:123-131.
- Miller L, Hurley K, eds. Infectious Disease Management in Animal Shelters. 2nd ed. Ames, IA: Wiley-Blackwell; 2021.
- McManus CM, Levy JK, Andersen LA, McGorray SP, Leutenegger CM, Gray LK, Hilligas J, Tucker SJ. Prevalence of upper respiratory pathogens in four management models for unowned cats in the Southeast United States. Veterinary Journal. 2014;201(2):196-201.
- Lappin MR, Elston T, Litster A, et al. 2017 ISCAID guidelines for the treatment of respiratory tract disease in dogs and cats. J Vet Intern Med. 2017;31(2):279-294.
- Koret Shelter Medicine Program. Shelter Operations/Capacity for Care Resources. University of California, Davis School of Veterinary Medicine. Updated October 9, 2025. Available at: https://www.sheltermedicine.com/library-resources/capacity-for-care-c4c-resources/
- Centers for Disease Control and Prevention. Hand Washing for Healthcare Workers. May 10, 2024. U.S. Department of Health and Human Services. Available at: https://www.cdc.gov/ebola/media/pdfs/2024/05/hand-washing-for-healthcare-workers.pdf.